Thread

Article header

Autarcie, autonomie et souveraineté : échanges et limites du protectionnisme

Dans mes notes sur les Principes d'Économie Politique de Carl Menger, j'avais laissé en suspens un commentaire portant sur le rapport entre autarcie, autonomie, protectionnisme et souveraineté. À ce moment là, ces concepts étaient encore assez flou, pour moi, et je m'étais gardé ce point pour le clarifier.

Dans mes notes sur les Principes d'Économie Politique de Carl Menger, j'avais laissé en suspens un commentaire portant sur le rapport entre autarcie, autonomie, protectionnisme et souveraineté. À ce moment là, ces concepts étaient encore assez flou, pour moi, et je m'étais gardé ce point pour le clarifier.

Leur analyse peut être éclairée par les principes fondamentaux de Menger, présents dans le reste de mes notes : l'individualisme méthodologique, la nature de l'échange et la hiérarchisation des besoins.

Nuance entre autarcie et autonomie

Selon Menger, l'autarcie représente l'état économique initial de l'individu ou de la communauté (le foyer, ou l'oikos en grec ancien) qui produit par ses propres moyens pour satisfaire l'intégralité de ses besoins.

Le concept d'autonomie s'articule autour de la « libre volonté individuelle guidée par la raison pratique » (d'après mes notes sur l'action humaine). L'individu de Menger est autonome car il est l'agent économique qui prend des décisions subjectives et qui fait abstraction de toute notion de groupe. L'individu autonome est libre de choisir :

  • de rester en autarcie s'il le peut, ou bien
  • de recourir à l'échange si c'est « avantageux » ou « indispensable » (choix rationnel).

La nuance est donc la suivante : l'autarcie est un état de fait (l'autosuffisance par la production personnelle) que l'individu autonome choisit de quitter pour l'échange s'il le juge plus bénéfique ou nécessaire. Pour Menger, l'autarcie est un état dans lequel l'individu ne pourra pas rester in fine car il aura tôt ou tard besoin d'autrui pour satisfaire à ses besoins.

Rapport au protectionnisme

Le protectionnisme est une politique d'intervention de l'État : elle consiste à restreindre les échanges en dehors du périmètre national. D'après mes notes, Carl Menger était opposé au protectionnisme.

  • L'échange est volontaire et mutuellement profitable : L'échange survient car c'est « un accord mutuellement profitable entre deux parties ». Il est un « moyen » choisi par l'individu (l'agent économique) pour subvenir à ses besoins lorsque sa propre production ne suffit pas ou est moins efficace.
  • Contraignant : une « régression » de la civilisation peut survenir sous l'effet de pressions extérieures ou intérieures, « type régulation excessive ». Le protectionnisme, en tant que régulation visant à entraver l'échange, nuirait à l'optimisation individuelle de la satisfaction des besoins.
  • Priorité à l'individu : Menger insiste sur le fait que l'économiste ne doit pas juger les choix individuels et leurs motivations subjectives. Le protectionnisme, en imposant une contrainte (produire chez soi, même si l'échange est plus avantageux), est contraire à cette approche.

À noter qu'à l'occasion d'une lecture des Principes de Politique Économique, de Friedrich List, cette fois-ci, on voit des règles de protectionnisme (typiquement les droits de douane, comme l'a fait M. Trump début 2025) utilisées pour protéger la production locale.

Dans le cas de M. Trump début 2025, de ce que j'ai vu, ça été surtout pour rapatrier la production sur le sol américain et faire rentrer des sous dans les caisses de l'État américain. Selon List, ces règles devaient intervenir dans des domaines précis, pour une phase précise de croissance, de l'industrie. Après, la subtilité est : quels domaines, et dans quelles conditions … L'arbitrage peut être délicat, et les effets au niveau individuel peut être néfaste.

Les plusieurs façons d'atteindre la souveraineté

La souveraineté économique peut être reformulée par la capacité à assurer la « satisfaction individuelle des besoins par des biens/services ». Deux voies sont identifiées dans mes notes comme les moyens d'accéder aux biens :

  • Produire par soi-même : Représente la capacité intrinsèque à générer les biens de premier ordre pour satisfaire son besoin, comme par exemple la capacité à subvenir plus efficacement à nos besoins avec des plats cuisinés (par opposition à la cueillette ou à la dépendance). Cela nous renvoi à l'autarcie, et c'est le point de départ de l'individu.
  • Se procurer par l'échange : Représente la capacité à obtenir les biens nécessaires via la monnaie (marchandise la plus facile à écouler) pour faciliter les transactions et se procurer par l'échange ce qui nous est nécessaire. Cette voie devient rapidement inévitable et un jalon du développement économique.

La souveraineté est donc atteinte par la combinaison des deux : l'optimisation de la satisfaction des besoins par la voie la plus avantageuse à l'instant T, qu'elle soit la production propre ou l'échange.

Capacité à subvenir aux besoins de base pour les coups durs

Ce point arrivait dans la suite logique de la réflexion sur la souveraineté, car elle en est une raison.

  • Importance des besoins vitaux : L'échelle d'utilité marginale montre que les besoins sont priorisés du « Vital » aux « plaisirs » (avec une valeur décroissante en fonction de la satisfaction). En cas de situation difficile, l'individu se concentre sur la satisfaction immédiate de ses besoins (les besoins vitaux).
  • Anticipation et épargne : La prévoyance est nécessaire pour anticiper les besoins futurs et les imprévus. On va alors se constituer une réserve — épargner — dans ce but.
  • Vulnérabilité de la dépendance : j'avais noté l'exemple de la rupture d'approvisionnement en coton en 1862 (durant la guerre civile nord-américaine). À ce moment là, l'expertise et les outils des travailleurs du coton perdent leur qualité de bien, car ils deviennent inutiles. Cela illustre le risque inhérent à la trop forte spécialisation et à la dépendance de l'échange pour les biens stratégiques (le cotons servant pour les vêtements).

La capacité à subvenir aux besoins de base (nourriture, énergie, etc.) par soi-même est donc une composante essentielle de la prévoyance individuelle pour faire face à l'incertitude (événements non contrôlés) et à la régression (agression, régulation excessive, événements climatiques) menaçant la satisfaction des besoins les plus vitaux.

Conclusion

L'individu cherche avant tout à subvenir à ses besoins, son point de départ étant la production par ses propres moyens. L'échange n'est qu'une option choisie par l'agent économique autonome, lorsqu'il devient plus avantageux ou indispensable.

Cette approche ne correspond pas à l'esprit du protectionnisme, qui contraint l'échange, car l'autonomie repose sur la primauté du choix individuel subjectif pour maximiser la satisfaction des besoins, alors que le protectionnisme impose une contrainte aux échanges par le biais de la régulation.

La souveraineté économique de l'individu, ou de la communauté, se mesure ainsi à sa capacité à satisfaire ses besoins, soit par la production propre (autarcie), soit par la capacité à se procurer ce qui est nécessaire par l'échange.

Cependant, face aux incertitudes (événements non contrôlés) et aux risques de régression (agression, événements climatiques, régulation excessive, etc.), la prévoyance impose de maintenir une capacité de production autonome pour les besoins vitaux (nourriture, vêtements, énergie, etc.), permettant de supporter les coup durs et de ne pas voir sa chaîne de production rompue, comme l'illustre l'importance de l'épargne des biens essentiels.

Autrement dit, déterminer ce qu'on veut produire par soi-même, et ce pour quoi on va se reposer sur l'échange, est un choix à l'échelle de l'individu avant toute décision collective.

Replies (0)

No replies yet. Be the first to leave a comment!